mercredi 8 février 2012

Belle à mourir: tour du monde de la souffrance esthétique.

Femme éthiopienne portant des scarifications.
Avec le vaste scandale sanitaire des prothèses PIP (poly implant prothese), où de nombreuses femmes occidentales, désirant s'offrir par voie chirurgicale ce que dame nature a omis de leur accorder par voie naturelle, se sont vu implanter du silicone non conforme avec un risque de rupture et de (probable?) cancer du sein: on pourrait s'interroger sur le fameux lien entre beauté et souffrance. Ne dit-on pas, il faut souffrir pour être belle...à mourir? Car dans ce cas précis, à savoir la chirurgie esthétique, il est véritablement question de vie ou de mort, une opération n'étant jamais anodine. Encore moins quant il s'agit de se faire insérer des corps étrangers sous anesthésie générale et d'endurer la douleur post-opératoire.

Une prothèse fâcheuse: la pip
Il faut dire que dans les sociétés actuelles où règnent une véritable dictature de l'apparence, il est difficile de ne pas se soumettre aux diktats de beauté. Beaucoup de femmes se jettent ainsi à corps perdu dans une quête de la perfection. La chirurgie esthétique, véritable aubaine, se démocratise de ce fait de plus en plus au point de se banaliser. L'augmentation mammaire, la liposuccion, le lifting et autres demandes chirurgicales sont autant prisées dans les pays riches que les milieux aisés des pays en voie de développement. 
Augmentation mammaire
Sans parler des autres dérives de la beauté conditionnée à savoir l'anorexie dans la course à la minceur, l'éclaircissement de la peau dans l'idéalisation de la blancheur, le botox dans la lutte vaine contre la vieillesse etc.
Toutefois, si la conception de la beauté tend à s'uniformiser à l'autel de la suprématie occidentale, certains critères traditionnels ou socio-culturels parviennent à subsister. Et pas sans douleur! Il existe en effet des alternatives aux interventions plastiques qui sont plus ancestrales, plus identitaires, plus symboliques, plus complexes mais tout aussi manuelles et intsrumentales et qui relèvent des us et coutumes d'un pays. Il s'agit de pratiques qui reflètent une conscience esthétique et un attachement aux valeurs propres à un peuple donné, à une hiérarchie sociale ou à une fraction de la société. Ces pratiques sont des signes d'intégration au groupe culturel auquel s'identifie ou appartient l'individu quand ils ne témoignent pas de leur emprise sur ce dernier. Et, ironiquement, même si les hommes n'en sont pas privés, elles impliquent d'abord et avant tout les femmes.

Vous avez dit botox? La jeune femme
blonde aux yeux bleus...grande, mince
 et à forte poitrine est la quintessence de la
beauté...selon les normes occidentales et

 occidentalisantes.
En effet, on ne peut que constater que la femme plus que l'homme vit sous une constante pression de la société qui veut la modeler et la remodeler. Elle doit toujours se vendre sous son meilleur jour, et satisfaire à certaines normes imposées ou subliminales, variables d’une culture à l’autre. Comme si elle devait à tout prix afficher une valeur marchande calculée en fonction de sa conformité aux diktats ou traditions. Ceci, pour mieux déterminer ses chances d’être choisie par un homme ou d'être adoubée par ses semblables.


Par ailleurs, c'est parfois dès la naissance et souvent pendant l'enfance, que les fillettes sont empoignées dans des traditions qui leur signifient déjà la place qu'elles tiendront dans un monde phallique à souhait. Pour preuves, beaucoup ont subi et subissent encore des rites ou épreuves qui font intervenir la douleur et qui, outre la valeur esthétique, traduisent en général un passage à l'âge d'adulte. Une sorte de renaissance esthétique douloureuse qui leur permet d'être femme.

Ainsi nous vient-il à l'esprit l'image (film documentaire) de cette femme du peuple Mursi au Sud de l'Ethiopie qui refusait farouchement, au grand dam de sa mère et du village, de se faire percer la lèvre inférieure et retirer les incisives afin de porter un plateau labial, comme le veut la tradition. Résultat: sa mise à l'écart fut immédiate.
Petite fille Mursi (Ethiophie)
Entre les choix esthétiques que les femmes entreprennent ou croient entreprendre de bon gré pour être en accord avec le regard de l'autre ou leur propre regard sur elles-même, et ceux qu'on leur impose par tradition, on pourrait se demander où commence leur liberté et où elle se termine.
Jeune fille afar aux scarifications traditionnelles et identitaires et aux dents taillées.

Finalement, être femme, c'est être sous la coupe et le couperet d'un esthétisme aiguisé.


Voici une petite traversée de la très fine frontière entre beauté et souffrance à travers le monde.



Un roc, un pic, un cap...une rhinoplastie pour les iranien(nes)!


Docteur, taillez moi le nez de mes rêves...
Les iraniens raffolent du modelage nasal. L'idéal? Un nez bien droit, et le plus fin possible. Ils ne sont évidemment pas les seuls à avoir recours à cette chirurgie mais elle y demeure comme un véritable phénomène qui vire à l'obsession. Beaucoup d'iraniens et surtout d'iraniennes se ruent ainsi vers les cabinets pour s'offrir le nez aquilin de leur rêve. Ils auraient selon The Gardian le plus fort taux de rhinoplastie au monde! 
Dans un pays où le voile est de rigueur, les femmes essaient d'entretenir tant bien que mal une certaine féminité qui passe par la seule parcelle de leur corps visible: leur visage. Mis à part le maquillage, il y a donc l'option chirurgicale pour parfaire leurs traits. Et s'il y a bien une chose que l'on remarque dans un visage, c'est cette fameuse péninsule que beaucoup d'iraniennes désirent réduire. Cette pratique est aussi commune que d'aller s'offrir la dernière tenue à la mode. C'est également un moyen d'afficher son appartenance à une certaine catégorie sociale. Porter un plâtre après une opération, c'est chic! Au point où certains en viennent même à se faire plâtrer le nez pour afficher leur statut de riche. Mais pas question d'assumer le motif réel d'une telle opération!
A Teheran, la pudeur veut que l'on prétexte un accident ou une difficulté respiratoire pour justifier cette pratique chirurgicale. Par ailleurs, c'est devenu un réel business. Et qui dit business dit charlatan! En effet, beaucoup de praticien non qualifiés profitent de cette manne pour s'improviser chirurgien esthétique. Et ceci, au nez de leurs futures victimes aveuglées par leur désir de perfection!

"Il se passe des choses terribles”, confie le Dr Abidipour chirurgien plastique dans le courrier international. “On m’a envoyé un jour une patiente pour une rhinoplastie correctrice. Elle avait subi vingt opérations du nez, à raison de 120 dollars à chaque fois. Les interventions avaient été faites par le même médecin. Elle avait le nez dans un état épouvantable.”...Comme quoi, il faut avoir du flair pour trouver le bon chirurgien, surtout que les ratés se multiplient et affolent l'état iranien qui s'est empressé de prendre en charge le problème.


Le plâtre, même sans chirurgie, est à la mode, c'est un signe de richesse.


Le "Jammu thigne" un plat exotique? Non, le tatouage des gencives pour les sénégalaises!

Le tatouage, celui qui tout le monde connait, est celui qui s'effectue sur ou plutôt dans la peau. Il peut être le signe d'une coutume ancestrale (les peuples polynésiens, asiatiques), une démarche pour signifier son appartenance à un groupe (gang, légionnaire, motard, prisonnier..) se faire par transgression, par mode ou par désir esthétique, la pratique s'étant vulgarisée. Rien de nouveau.
Au Sénégal, il existe une tout autre pratique de tatouage qui cible une partie bien plus sensible que la peau: les gencives.
Pour mieux mettre en valeur la blancheur de leurs dents, bon nombre de sénégalaises ont volontairement recours au tatouage gingival.  Il permet de créer (quand on a les gencives roses) ou renforcer (quand on a déjà les gencives pigmentées) une couleur entre le mauve, le gris et le noir et ainsi parfaire le contraste entre les dents, la gencive et la teint ébéne. Il faut aussi dire que les gencives pigmentées  et les dents très blanches sont un critère de beauté pour de nombreux peuples africains. 
En outre, cela aurait également un effet thérapeutique efficace contre les inflammations gingivales en particulier les saignements. Le tatouage gingival est, par ailleurs, une coutume exercée pour fêter le passage des jeunes filles à l'âge adulte. Une épreuve esthétique qui permet de mesurer leur courage dans certains villages.
Ce geste consiste à l'inoculation du "pimpi", composition de poudre de fumée d'arachides brûlés, mélangée au bleu d'outre-mer par piqures successives d'aiguilles attachées ou d'épines végétales sur la muqueuse gingivale. Et ceci sans anesthésie. Surtout dans le cadre de la cérémonie d'initiation où la résistance à la douleur est testée. Il faut éviter toute manifestation de souffrance. Grimaces, larmes, gémissements ou cris sont à bannir. Au cours de la cérémonie, le tatouage est précédé d'incantations et de tout un rituel effectués par une femme castée, une griotte, forgeronne ou laobé d'un certain âge généralement chez les wolof, poular, sereer et mandingue. 
A part le tatouage gingival, il y a également le tatouage labial. Les lèvres sont tatouées en allant parfois jusqu'au menton, toujours dans un désir d'embellissement. Une jeune fille tatouée s'exprime à ce sujet lors d'un film privé: "Nous n'avons pas le choix, c'est le prix à payer pour être belle. C'est extrêmement douloureux, mais c'est une question de patience."...Une tatoueuse confirme: "Si elles ne le font pas, les jeunes filles sont moquées par leurs camarades"...
Une jeune fille durant une cérémonie de
tatouage labial et gingival...
La douleur, les cas de ratés, de tétanos et d'infections ont fini par pousser les dentistes à proposer assistance aux tatoueuses. Aujourd'hui les sénégalaises ou africaines poltronnes ou raisonnables, c'est selon, peuvent désormais se faire tatouer sous anesthésie et avec des instruments propres.
A droite, jeune fille pulaar portant fièrement le tatouage labial.
Il faut noter qu'il y a en Afrique une vraie sensibilité aux critères esthétiques bucco-dentairesLes prothésistes espagnols, premiers exportateurs dentaires, avaient dans leur description des commandes selon les pays, mis en avant le penchant des africains pour les grandes dents très blanches avec régulièrement une demande d'un écartement inter-incisif supérieur. Cet écartement, un diastème, est également très prisé au Sénégal.  D'ailleurs, on l'appelle en wolof sakara yallah "don de Dieu", ce qui montre que à quel point c'est considéré comme un atout. Et pour preuve, de nombreuses femmes vont s'en faire créer artificiellement chez le dentiste ou... le bijoutier! Ce dernier est à l'origine de nombreux désastre dentaire. Au Sénégal, dans une certaine culture populaire, c'est souvent lui qui est chargé des incisions ou de placer des facettes, couronnes ou anneaux inter-dentaires en or dans la bouche de ses victimes. Certains d'entre eux s'autorisent même à pratiquer le blanchiment des dents avec l'application d'acide provoquant des résultats satisfaisants passagers mais de rudes conséquences pour les muqueuses et dents.


Les "femmes girafes", un surnom subtil de créatures mythologiques donné aux femmes padoung et ndébélé d'Asie et d'Afrique! 


Femme padaung au long cou orné d'anneaux
Les bijoux, pratiquement toutes les femmes adorent. Mais les bijoux qui déforment l'anatomie, ça c'est autre chose. En l'occurrence, c'est l'apanage des femmes padoung de Birmanie et ndebele d'Afrique du Sud.

Pour le peuple Padaung, "l’ornement du cou par des spirales de cuivre" est un haut critère de féminité. Plus ces anneaux sont nombreux, plus la femme est considérée comme belle. Un peu comme aux Etats Unis ou plus la poitrine est énorme, plus la femme bombesque.
Plusieurs thèses ou sources expliquent l’origine de cette tradition. Une protection contre les félins qui attaquent leur victime au cou. Une façon de protéger l’or du vol en le fixant au cou des femmes. Une déformation volontaire pour que les ethnies voisines n’enlèvent pas les femmes de la tribu. Enfin une façon d’éloigner la mauvaise fortune et les mauvais esprits. Mais seuls les padaung détiennent la  vraie réponse à cette coutume loin des débats ethno-antrhopo-déformateurs.


Quoi qu'il en soit, cette coutume est aujourd’hui interdite, par décret, en Birmanie mais tolérée en Thailande où ce peuple s'est réfugié pour fuir les répressions de son pays. 
Les femmes Padaung que l’on appelle aussi "les Kayan au long cou" ont, du seul fait de leur "accoutrement" et particularité physique, toujours éveillé la curiosité. Elles ont même été sujettes à des examens scientifiques dans le passé comme de vulgaires cobayes de laboratoires. 
Cette curiosité malsaine persiste encore aujourd’hui au point d'être dénoncée par la Ligue des Droits de l’Homme. Les padaung font, de fait, l’objet d’un véritable commerce touristique. Dans des villages reconstitués, les touristes peuvent photographier à loisirs des scènes de vie quotidienne, totalement factices. Similaires à de véritables "zoos humains" d'un autre temps, ces lieux restent une attraction dans de nombreux circuits touristiques ou est la dignité humaine est revisitée.

Femme ndebele ornées de ses parures

Pour les femmes Ndebele d'Afrique du Sud, il existe dans la tenue traditionnelle ces mêmes anneaux appelés Idzila qui leur vaut de partager avec les femmes padaung le surnom de « femmes girafes.» Le port de ce collier en spirale signale l’attachement de la femme à la maison et à son homme. Selon que le mari est plus ou moins fortuné, elle s’en parera aussi en quantité les poignets et les chevilles. 
Le hic c'est qu'elles ne peuvent quitter ce collier sans quoi les muscles du coup étant atrophiés, leur tête ne tiendrait plus. 
Peu importe, elles en sont fières même si les nouvelles générations rejettent de plus en plus ces anneaux. Pour ceux qui sont éloignés de ces coutumes, cela peut s'apparenter à un fardeau ou une torture. 







Les vergetures, c'est vachement sexy pour les mauritaniennes!

Quoique...Dans beaucoup de pays d’Afrique comme la Mauritanie, les rondeurs d’une femme sont synonymes de santé, de richesse mais aussi de volupté et d'extrême féminité. Une vision de la beauté qui va parfois très loin : certaines jeunes filles, dans une certaine pratique mauritanienne, que l'on retrouve également au Niger et au Nord du Mali, sont ainsi littéralement "gavées" par leurs parents pour les faire grossir afin qu’elles y gagnent plus vite une maturité morphologique  et très tôt un beau mari. 
Si cette coutume est désormais de plus en plus isolée grâce aux combats de nombreuses mauritaniennes et associations et à l'évolution des mentalités, elle a donné lieu à une vraie dictature de l'apparence jouant avec la vie des jeunes filles. Paraléllement, il existe l'auto-gavage qui consiste à ingérer librement des médicaments pour animaux dont les effets provoquent l'apparition de  rondeurs artificielles. 

Le gavage se pratique sur les filles agées environ de 10 ans que l'on force à avaler d'énormes quantités de nourriture afin de les rendre plus rondes et de leur faire gagner des formes de femme. Autant certains iraniens se font plâtrer le nez pour afficher leur statut social, autant la rondeur est perçue comme un signe de richesse. Plus la fille est grosse, plus on se dit que sa famille est nantie. D'ailleurs, certains femmes très riches adorent exhiber et comparer leurs grosses vergetures roses ou violettes qui, sur leur peau claire, est une réelle fierté, une marque de beauté. A chacun son gout! Paradoxalement, cette coutume subsiste aussi pour des raisons économiques. Marier le plus tôt possible des jeunes filles non scolarisées, évite aux familles de les entretenir.
Elles sont alors gavées par les grands-mères ou des gaveuses lors d’un séjour en vacances organisé par la mère, à l’insu du père. Un peu comme l'excision et le repassage des seins, cela se fait à l'abri des hommes, entre femmes, mais pour les hommes...Ils aiment les formes! Surtout qu'en Mauritanie, la tenue traditionnelle des femmes, le melhfa, long et large voile coloré, couvrant et léger, permet de deviner les formes du corps qu'il épouse. Un corps svelte, ne donnerait pas le même effet sous cette tenue. Or il faut se faire remarquer par un Prince charmant.

Et la méthode utilisée n'est pas des plus douces et humaines:« On leur met des menottes en bois au niveau des tibias. Devant elles, de grandes calebasses d’eau ou de lait sont disposées. Elles doivent tout boire. Et sitôt le récipient vidé il est à nouveau rempli et ainsi de suite. Si la jeune fille sent qu’elle va vomir, on appuie sur les menottes, ce qui est très douloureux, on la pince ou on la frappe. Si elle vomit tout de même, on rapporte encore de quoi boire encore et encore. Dans l’ancien temps, si on récupérait le vomi, on le lui redonnait parce que le lait était rare" explique Khalidou Fall, communicateur traditionnel maure au site Afrik.com.

Ceci entraine un agrandissement de l'estomac afin que la fille puisse "recevoir" de très grandes quantités de nourriture. « On lui donne pendant une semaine du pain dans du lait, des dattes, du thô (pâte à base de céréale) ou encore du riz avec quelques morceaux de viande de mouton, mais sans sauce. Il y a peu de sel et pas d’huile, car la graisse du mouton est plus riche que celle vendue dans les marchés. Ce n’est pas très bon, mais si on leur donne une marmite à finir, elles doivent en venir à bout ».
 La présidente de l’Association malienne pour le suivi et l’orientation des pratiques traditionnelles (AMSOPT), Kadidia Aoudou Sidibé, souligne que dans le nord du Mali: « on tue un mouton tous les jours et on en fait une soupe que la fillette doit manger. On lui donne aussi de la bouillie de mil et du lait. Elle mange toute la journée, parfois toutes les deux heures, elle se repose et reprend ».


C'est ainsi qu'à peine 10ans les fillettes en font 40, car elles sont très vite déformées! Au point ou elles ne parviendraient même plus à se déplacer, même pour faire leurs besoins. Elles sont emprisonnées dans leur nouveau corps et traumatisée comme si la puberté à elle seule n'était pas déjà une épreuve bouleversante. Elles deviennent invalides mais épousables de par leur apparence de femme ronde. Et une fois mariée, elles dépendent de leurs entourage et reposent tout sur leurs "esclaves", des bonnes à tout faire.
C'est au prix de leur santé qu'elles gagnent les formes et le mari de leur rêve (ou de leur cauchemar). En effet, ce gavage leurs  causent des problèmes cardio-vasculaires, de diabète et d’hypertension sans parler du handicap physique.
A part le gavage, il y a l'auto-gavage plus répandu avec  des médicaments utilisés pour le développement de la masse corporelle des animaux. Les femmes ont l'illusion qu'elles grossissent alors qu'elles gonflent littéralement et ont entre autre le visage boursouflé.
Un phénomène que connaît aussi la partie de la Mauritanie qui fait frontière avec le Sénégal où les sénégalaises laoubés utilisent ces produits chimiques et les revendent également. 

Le petit pieds ou pieds mignon pour les chinoises du temps de la Chine impériale
Bien que cette pratique ait été bannie, quelques femmes âgées gardent encore les stigmates de cet héritage d'un autre temps.


Le bandage des pieds était imposé aux fillettes dès l’âge de quatre ou cinq ans par leurs mères. Elles tiraient les quatre petits orteils et les pliaient sous le pied, vers le talon, en laissant le gros orteil libre. Le fait de marcher ensuite sur le pied enveloppé dans des bandages trés serrés cassait les os des orteils.

Le pied était par la suite brisé sur un cylindre de cuivre, afin d’en faire se rejoindre l’avant et l’arrière, toujours à l’exception du gros orteil, et d’accentuer la courbure de la voûte plantaire. L'objectif était de créer un pied aussi petit que possible, entre neuf et dix-sept centimètres à l’âge adulte. Et ceci, avec une forme spéciale : un gros orteil proéminent sur une voûte plantaire en forme de cavité arrondie.


Comme pour le gavage, cette pratique est handicapante à bien des égards. Il y a d'abord les souffrances infligées par la manoeuvre progressive et lente qui s'apparente à de la torture, et s’étale sur toute la durée de la croissance ; il y a ensuite l’infirmité à vie due aux  pieds dysfonctionnels, qui ne permettaient aux femmes de se déplacer qu'à petits pas, en sautillant, en claudiquant, ou de guerre lasse en se confinant à la maison ( toujours comme les  femmes gavées trop obèses pour se déplacer, et donc cloîtrées à domicile...). Enfin, les pieds ainsi mutilés les exposaient aux surinfections, atrophies musculaires, paralysies…



Cette coutume remonterait au dixième siècle d'après les historiens. Limitée d’abord aux dames de la cour et de l’aristocratie, elle s’étendit progressivement à la bourgeoisie, puis à toutes les couches de la société, jusqu’aux minorités ethniques, à l’exception des minorités inassimilables, les Hakka.

Elle ne fut officiellement interdite qu’en 1912, sous la République de Sun Yat-sen, et ne disparut définitivement qu’à la seconde guerre mondiale.



Le bandage des pieds était signe de distinction, de raffinement. « Il s’agissait aussi pour les élégantes chinoises de se démarquer du grossier envahisseur mongol et de ses femmes aux grands pieds » explique l'auteur Michel Biehn qui a étudié la question. Au 17ème siècle, c'est un édit impérial qui interdit le bandage des pieds aux femmes mandchoues sous peine de mort.




Elles contournèrent l’interdit en portant un talon au centre de la semelle, qui leur conférait la démarche hasardeuse des Chinoises. La généralisation de la pratique des plus hautes classes à l’ensemble de la population traduisait un désir d’ascension sociale des couches inférieures dans cette société fortement hiérarchisée et inégalitaire, et une volonté de se faire accepter par les sphères dirigeantes.

C'était incontestablement un moyen de conquérir par ce seul critère, un homme de rang élévé.
Et comme souvent en parlant de l'excision, du repassage des seins, du gavage, du tatouage gingival, c’étaient des femmes, mères ou grand-mères, qui bandaient les pieds des filles avec l'accord ou non des hommes. 
Les femmes sont de fait souvent les gardiennes de la tradition. 
 Concernant le bandage des pieds, des lois et des changements de société ont pu en venir à bout.
Les dernières survivantes octagénaires sont aujourd'hui marginalisées après avoir été célébrées.


Comble de l'ironie, la mode contemporaine fut pendant un long moment en Chine à l'allongement des jambes par chirurgie avant qu'elle ne soit interdite suite au nombreux ratés.



A noter que ces pratiques esthétiques traditionnelles jugées comme archaïques et barbares sont loin d'être volontairement cruelles car le but premier est d'assurer un avenir aux jeunes filles. C'est comme une protection, et un moyen de les rendre conforme au groupe constitué et de renforcer leur chance de se faire accepter. Mais à quel prix? L’accès à l'école, les campagnes de sensibilisation et la connaissance des droits de la femme sont de vrais remparts contre les dérives de ces pratiques. Sans compter que l'on peut aimer, vivre et défendre sa propre culture tout en étant conscient que toutes ses constituantes ne sont pas digérables. Et si on laissait les filles grandir et s'épanouir dans le meilleur cadre et choisir d'elles mêmes, une fois majeure, comment épouser les codes esthétiques, traditionnels ou non. A l'instar du tatouage gingival que beaucoup choisissent de se le faire appliquer sous anesthésie et surveillance médicale.



A suivre scarifications, éclaircissement de la peau, anorexie...

12 commentaires:

  1. merci pour cet article riche, j'en ai appris des choses!

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  2. excellent sister, belle plume comme d'ab et plein d'enrichissements; je te remercie, morale: la beauté est vraiment relative et s'adapte au gré des époques.

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  3. Roooohh je viens de débarquer sur ton blog et que dire : j'adore!! Tu écris très bien, puis tes réflexions et tes informations sont très enrichissants, je suis étudiante en information et communication et l’histoire des idéologies de beauté et comment ils s'impriment dans le corps de la femme me passionne. Et ton site est une vraie mine d'info :) Merci et bonne continuation :D

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  4. incroyable cet article, il faut parler de ce genre de sujet pour esperer que cela cesse un jour. Passionnant, et parfois a vomir d'horreur, c'est tres dur de voir ça. Merci de tes efforts pour ecrire, j'espere que tu seras lu par des milliers de gens.
    Pour la naissance du racisme, en revanche je ne suis pas tout a fait d'accord (ton autre article). Il s'agit d'une reaction assez naturel de peur de l'autre. Moins on est cultivé, moins on est ouvert sur le monde, moins il y a de communication, plus on est raciste. Imagine un paysan du centre de la France au XIXeme siecle, qui n'a pas voyage plus de 15k en moyenne, qui voit debarquer un grand senegalais ! Le type meurt de peur ! et probablement le Senegalais aussi ! DOnc pour les Europeens, il etait assez naturel d'etre raciste. D'ailleurs le mot n'existait pas dans le dictionnaire en 18845, j'ai verifié. Normal, tout le monde etait raciste ! Meme de village a village ! On aimait pas trop "l'autre". Mais aujourd'hui ça change, on se connait, on voyage, on s'aime, on discute, on s'interesse a l'autre, et le racisme peu a peu diminue. il y aura toujours des differences culturelles, heureusement, mais les droits de l'homme et de la femme ayant une vocation universelle, seule des differences folkloriques subsisteront, et un jour nous aurons tous les memes valeurs essentielles.
    en tout cas, bravo, et merci, continue, je te souhaite beaucoup de succes et de bonheur nmalezac@yahoo.fr

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  5. ouaouh!...ton blog est d'une maturité! Je l'ajoute dans mes favoris et revient le lire dès que possible (vives Internet...en un clic tu peux tomber sur des bonnes choses, ça a été mon cas pour la découverte de ton blog ^v^)

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  6. merci, c'est très encourageant! J'essaie de partager mes impressions et analyses libres mais réfléchies sur des sujets qui m'interpellent ou me tiennent à coeur. Au plaisir!

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  7. qu'il faut savoir sur les nouvelles nouvelle esthétique. göğüs estetiğiI will recommend your site to the other platforms.Sacekimi

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  8. En regardant les photos j'ai eu mal pour certaines femmes ! Ton article m'encourage à prendre de la distance sur les diktat de la beauté tel que notre société nous l'impose.

    Je n'ai rien contre la culture et les pratiques liée a celle-ci mais je continue a ma demander quand est ce qu'on nous foutra la paix en tant que Femmes de cette planète pour ressembler a ce que l'on veut !!!

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  9. Pauvres femmes, juste pour plaire aux hommes. C'est vraiment cruel!

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  10. Merci pour ce bel article très intéressant. Quels extrêmes il faut subir pour correspondre à des canons esthétiques.

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  11. Quand tout cela cessera t-il , pour enfin laisser les femmes ressembler à ce qu'elles veulent ?? mais sans aller jusqu'à leur laisser le choix de ressembler à se qu'elles veulent, déjà avoir le respect de leur nature, de ce qu'elle sont, avant de vouloir les changer ou de les laisser vouloir se changer !!!!! Pourquoi déformer ce corps que la nature leur offre ? ou que Dieu leur à donné tiens ??? puisqu'on croît en un Dieu dans ces cultures bien souvent... hein ?? , un dieu si parfait qu'on en transforme ses créations dans la douleur ? Blasphème de la part de tous ces soit disant croyants qui mutilent, torturent et renie la nature de ces femmes juste pour faire bander ces messieurs , qui sont en fait les marionettistes de toutes ces mascarades !!!!! vive le monde patriarcal. phallocrate.; sexe fort hein... Tristement, Ddouloureusement et Honteusement risible.

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